Le Domaine Michel Autran à Noizay

Historique

    Michel Autran est un homme qui a eu plusieurs vies, et que rien ne prédestinait a priori à devenir vigneron. Médecin de formation, il a ressenti le besoin de changer de vie au passage de la quarantaine et a donc achevé une formation viti-vinicole en 2007, au cours de laquelle il a été stagiaire puis employé chez François Pinon, un des précurseurs de la viticulture bio sur l’appellation Vouvray. Ce dernier lui a d’ailleurs laissé de plus en plus de latitude sur la viticulture et l’élaboration des vins de l’exploitation, ce qui a permis à Michel de mettre en place une approche parcellaire sur les cuvées du domaine, approche qu’il a par la suite mise en oeuvre sur son propre domaine.
Après François Pinon, il a été saisonnier chez les meilleurs vignerons bio du secteur (Vincent Carême, Frantz Saumon, Ludo Chanson, Bertrand et Lise Jousset par exemple).
Parallèlement à cette activité qui lui a permis de plus en plus de s’imprégner du métier, il a commencé à chercher des vieilles vignes sur des sols différents: il voulait dès le départ élaborer des chenins secs sur des argiles calcaires d’une part, et sur des argiles à silex d’autre part.
Par ailleurs, perfectionniste jusqu’au bout des ongles, Michel veut garder une exploitation à taille humaine qui lui permette de travailler seul, que ce soit à la vigne ou à la cave: il veut maîtriser de A à Z toutes les étapes de production de ses vins.
Il s’installe donc en 2011 et atteint en 2013 sa surface actuelle, qui lui permet dès lors de produire ses deux cuvées de chenin sec.
Michel reconnaît d’ailleurs volontiers que les cinq premières années n’ont pas été faciles financièrement, avec les investissements de son installation à amortir.
Le domaine fait donc actuellement 3,5 ha et permet à Michel de sortir de 8000 à 12000 bouteilles par an, les deux tiers sur Les Enfers Tranquilles (environ 7000) et un tiers sur Ciel Rouge (environ 3000), avec un rendement moyen autour de 25hl/ha.

Travail à la vigne

    A la vigne, les densités de plantation son classiques: 6600 pieds/ha, sur des vieilles vignes donc.
Michel travaille ses sols au tracteur, le coût du labour au cheval ne lui permettant pour l’instant pas de s’y mettre, même s’il est intéressé par cette pratique. L’essentiel est fait sous le rang, et peu en inter-rang. Il travaille d’ailleurs les sols même quand il fait sec, pour l’aérer et ainsi stimuler la vie microbiologique de ce dernier. Il commence tôt en mars, afin que le sol soit réveillé avant la vigne.
Il ne travaille par contre pas le sol en fin d’année avant l’hiver afin de bénéficier d’un couvert végétal qui protège le sol pendant la période froide et évite aux sols de se lessiver et de s’engorger en cas de forts cumuls de pluie.
L’été, il pratique au besoin une ou deux tontes, mais passe plutôt avec des outils rasants (plaques) qui écrasent l’herbe plutôt que de la couper.
En plus du palissage, il effectue également un ou deux passages d’ébourgeonnage et d’effeuillage (le plus tard possible pour ce dernier).
Enfin, il ne pratique généralement qu’un seul rognage, là encore le plus tard possible, car il préfère ne pas enrouler les apex.
Concernant les plantations et le remplacement des manquants, même s’il souhaiterait bien évidemment pratiquer ses propres greffes, le temps ne le lui permet malheureusement pas.
Il va donc confier cette tâche à un pépiniériste réputé (Viaud) pour pouvoir se concentrer sur la préparation des sols pour ces plantations: il a une vraie réflexion sur le sujet car c’est à son sens un point très délicat à réussir correctement, entre la manière de creuser le sol et de l’amender pour l’accueil des jeunes complants.
Il souhaite idéalement travailler à la fois sur des massales de ses propres vignes, mais également pourquoi pas introduire du sang neuf avec des greffons provenant des massales de ses collègues du secteur.
Concernant les porte-greffes, il fait pour le moment confiance au Riparia Gloire, très utilisé dans cette région. Cependant, la question se pose, avec le réchauffement climatique et le débourrement de plus en plus précoce de la vigne, d’introduire des porte-greffes plus tardifs afin d’éviter les gelées de printemps et d’aller plus loin dans la saison en automne: le 101-14 pourrait s’avérer être un bon candidat.

Millésimes récents

2017: rendements faibles car les vignes ont beaucoup souffert du froid au printemps. Même s’il n’y a pas vraiment eu de gel, la vigne a très peu poussé en début de végétation ce qui a induit beaucoup de millerandage car les fleurs se sont mal formées. Même si l’induction florale de 2016 s’est bien déroulée, la vigne, du fait du froid du printemps 2017, a favorisé la production de vrilles plutôt que de fleurs afin de se protéger.
2019: on retrouve là encore un printemps froid. Si Michel n’a subi que 10% de pertes à cause du gel, son rendement a été amputé d’environ 50% du fait de la non-formation des fleurs là encore à cause du froid. L’été très sec a de plus induit des blocages de maturité (constitution des pulpes en août), de la grillure et une mortalité importante sur certains ceps. Malgré tout, Michel a pu atteindre un rendement moyen de 28 hl/ha. Les sols de silex ont plus souffert que l’argilo calcaire: la forte proportion d’argile de ces derniers a un rôle de tampon sur les aléas climatiques

Travail au chai

La vendange se fait bien sûr manuellement et jusqu’à 4 tries sont réalisées en fonction des parcelles et des millésimes. La sélection est draconienne, Michel évite surtout d’avoir le moindre grain botrytisé. Pour ce faire, les vendangeurs ramassent et lui est également dans la parcelle pour effectuer seul le tri des raisins qu’il va ou non garder. Ce principe de fonctionnement lui permet également de former correctement ses vendangeurs.
Le pressurage est long et lent afin d’avoir un peu de macération pelliculaire.
Récemment Michel a décidé de réduire la durée de ses débourbages, par ailleurs très doux. Il essaie au maximum d’optimiser cette phase en allant jusqu’à finir ses pieds de cuve au seau. Il préserve ainsi au mieux les lies pour ne retirer que la terre. A noter que certaines cuves inox de Michel ont un fond arrondi, ce qui va faciliter l’opération. Un léger sulfitage peut alors être effectué à ce moment (1ou 2g/hl max). Les vins passent alors en cuve inox et/ou fibre pour le début de fermentation avant d’être entonnés dès que la fermentation alcoolique est amorcée, uniquement grâce aux levures indigènes bien entendu. L’entonnage se fait ici par gravité car la cave en tuffeau de Michel a deux étages, avec les barriques en bas et les cuves en haut.
Les vins de Michel effectuent leur fermentation malolactique également naturellement, ce qui selon lui permet de stabiliser les vins et d’éviter les reprises de fermentation en bouteille notamment. Si certains de ses collègues préfèrent éviter la malo afin de préserver tension et fraîcheur dans les vins, ce point n’inquiète pas Michel, dont les vins gardent toujours une acidité importante.
Les vins sont élevés en barriques de 400 litres, en partie en bois neuf et jusqu’à des fûts datant de 2014. Michel aime cependant renouveler régulièrement son parc de barriques car il estime que le bois neuf amène plus de précision et de définition dans ses jus. Pour lui, le bois plus âgé induit un côté plus brouillon des arômes. C’est d’ailleurs quelque chose qu’il avait déjà remarqué chez François Pinon à l’époque. Il utilise des barriques en provenance de Centre France en chauffe vapeur avec un petit peu de feu également, ainsi que d’autres barriques de chez Mercurey et renouvelle en moyenne deux fûts par an.
A l’avenir, il n’exclut pas de faire des essais en cuvé béton, un contenant qui l’intéresse.
400 litres lui semble être la bonne taille pour la surface de contact avec le vin par rapport au volume de jus. Autrefois, les barriques de 400l étaient fabriquées avec du chêne de moindre qualité, les meilleurs merrains étant réservées aux 228l, mais ce n’est plus du tout le cas de nos jours, et on trouve de superbes bois sur des fûts de 400, 600 ou même 1000l.
Les vins sont ensuite soutirés en Juillet/Août suivant la vendange pour finir leur élevage en cuve inox ou Vaslin. Michel préfère ne pas utiliser de cuve fibre à ce moment car il trouve que ce type de contenant marque les vins.
Enfin, il opère un léger sulfitage à la mise afin de terminer à 10 mg/l de SO2 libre. C’est cependant le cas usuel, et des adaptations sont bien sûr nécessaires à chaque millésime.
Il est à noter que Michel définit plus ses élevages comme proches de ceux réalisés en Anjou que de ceux de Vouvray/Montlouis. Il fréquente d’ailleurs pas mal Benoît Courault et Tessa Laroche. Il allonge en effet ses élevages depuis 2016 et est passé de 12 à 18 mois, puis 24 mois désormais sur 2018. Sur Vouvray il s’inspire plus des travaux de Stéphane Cossais par exemple.
2017 a nécessité un léger filtrage car il restait un petit peu de SR, et donc un risque de reprise de fermentation en bouteille.

Vins

Michel produit donc 2 cuvées parcellaires de blanc sec:
Les enfers Tranquilles sur sol d’argiles à silex
Ciel Rouge sur sol d’argiles calcaires
A noter que les deux vins sont élevés à l’identique, afin de faire ressortir le terroir de chaque cuvée.
Il élabore en outre une bulle lorsque les rendements sont plus élevés (comme en 2015 ou 2018), à partir de raisins bien mûrs mais manquant à son sens de complexité aromatique. il s’agit essentiellement de raisins issus du début de vendange ou de fin de vendange comme en
2019 avec les raisins tardifs (vignes taillées tardivement) qui ont subi les fortes pluies d’automne et présentaient donc une certaine dilution.
Il possède enfin 5 ares de gamay à partir duquel il élabore également un petnat rosé assez confidentiel.

  • Les Enfers Tranquilles 2017 présente un profil très masculin, puissant et profond. Il a une très belle longueur et est relancé en fin de bouche par de jolis amers. Il est porté tout du long par une belle tension salivante.
  • Ciel Rouge 2017 est un vin plus délicat et élégant, tout en dentelles dans un style plus féminin. Attention, c’est là aussi très long et porté tout du long par une remarquable trame acide là encore.
  • Les Enfers 2018 sur cuve Vaslin présente un profil très élégant, avec une importante persistance aromatique. le vin est encore un peu trouble.
  • Ciel Rouge 2018 également sur cuve Vaslin a encore 1,1g de SR, imperceptibles à mon goût. Il est plus clair mais fermente encore un petit peu, ce qui le rend pour moi délicat à goûter en ce moment. Pas d’inquiétude, la tension est bien là
    Les fermentations des 2019 sont déjà bien avancées par rapport aux millésimes précédents.
    Michel m’a soumis ici à un exercice intéressant: goûter une même trie des Enfers Tranquilles (2e passage) sur 3 barriques d’âge différent, afin d’illustrer notre échange précédent concernant l’influence du bois neuf sur la précision des vins. Après dégustation des 3 échantillons, il apparaît clairement à ce stade des fermentations que le vin en bois neuf présente un net regain de tension avec effectivement un jus d’une grande pureté aromatique. A noter qu’avec les chauffes douces qu’il utilise, le bois marque peu les jus. Il constate par ailleurs que les fûts Centre France ont tendance à faire des jus qui s’ouvrent plus vite alors que les Mercurey produisent plutôt des vins de garde, fermés sur leur jeunesse. Il travaille annuellement avec ses deux fournisseurs afin d’avancer sur ce qu’il recherche chez les uns et les autres.
    A travers ces quelques éléments, il est facile de constater que Michel Autran est un vigneron méticuleux qui ne laisse rien au hasard pour tirer le meilleur de ses vieilles vignes et produire le meilleur vin possible. Les amateurs ne s’y trompent d’ailleurs pas et ses vins font désormais partie des plus recherchés du val de Loire.

A fil de cette visite, on se rend bien compte que Michel est un perfectionniste à l’affût du moindre détail lui permettant d’améliorer ses vins, que ce soit à la vigne ou au chai. Il aime au maximum tout faire lui même « comme ça si je fais une bêtise, je ne peux m’en prendre qu’à moi même! ». Ses vins sont de plus en plus reconnus et recherchés par les ataeurs de chenin et il y a fort à parier qu’il sera impossible de rentrer au domaine d’ici peu de temps!

 

Un commentaire pour “Le Domaine Michel Autran à Noizay

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