Le domaine Etienne Loew à Westhoffen

La famille d’Etienne Loew fait partie du paysage alsacien depuis toujours pourrait-on dire. On retrouve des traces de la famille du côté de sa grand-mère depuis le XIIe siècle! La famille Loew à proprement parler s’est elle plus récemment implantée en Alsace:  au XVIIIe siècle tout de même.
Etienne est œnologue de formation. Il a repris le domaine familial en 1996 et a enseigné en parallèle pendant 10 ans en lycée viticole, où il a rencontré beaucoup de monde. Cette expérience lui a permis d’élargir ses horizons et de gagner beaucoup en maturité pour le travail de sa propre exploitation.

Parcellaire

Comme chez Mélanie Pfister, nous sommes dans la partie la plus septentrionale de l’Alsace viticole, un peu plus loin des Vosges que le reste du vignoble. Les reliefs sont plus doux ici qu’ailleurs. Etienne possède des vignes sur deux grands crus: l’Engelberg, comme Mélanie Pfister, ainsi que l’Altenberg de Bergbieten, considéré par certains comme l’un des plus beaux grands crus.
Actuellement, 6 personnes travaillent les 10 hectares environ qui composent le parcellaire du domaine: Caroline et Etienne, deux ouvriers, 2 apprentis qui constituent un temps plein et le papa d’Etienne qui est encore très actif.
Le couple ne cherche à l’heure actuelle plus à agrandir le domaine. Il a en effet atteint son seuil de rentabilité et cette taille humaine permet à notre vigneron de travailler ses parcelles à son idée et d’être dans les vignes.
Sur les 10 ha, deux sont plantés de vieilles vignes âgées de 65 ans, les autres ayant une moyenne d’âge de 20 ans.
Si le domaine était autrefois très morcelé, ce n’est plus forcément le cas aujourd’hui. Etienne et son épouse ont en effet mené une politique d’échanges avec leurs collègues vignerons afin de remonter sur les milieux de coteaux et de constituer de beaux îlots de production qui leur facilitent la vie. Le fait de passer de parcelles de plaine à des milieux de coteau présente en outre l’avantage d’offrir moins de sensibilité au gel, d’avoir des sols mieux drainés, etc…

Travail à la vigne

Etienne travaille son exploitation en biodynamie. Les travaux sont variables suivant la typologie des parcelles. Cela varie de l’enherbement complet au travail partiel voire total des sols. Le but est de trouver un équilibre feuillage/production de raisins optimal.
A une époque, Etienne avait arrêté l’effeuillage pour réaliser des ébourgeonnages au printemps. Le souci est que cela produisait des îlots parfaits pour la Suzukii, qui trouvait des grappes de raisin parfaitement protégées du vent et des prédateurs naturels, d’autant plus qu’il y a dans les environs beaucoup de fruitières, entretenant une population endémique de drosophiles très importante. Désormais, l’effeuillage est pratiqué, mais jamais au sud pour éviter le risque de grillure des raisins. Etienne considère que l’essentiel du travail de la plante est l’ébourgeonnage.

Travail au chai

Au chai, Etienne essaie de travailler avec des doses raisonnables de soufre mais malgré quelques essais ne souhaite pas passer au nature. Seule sa cuvée de pinot noir ne voit pas d’adjonction de sulfites, sans d’ailleurs présenter la moindre déviance, comme nous le verrons plus loin.
Les pressurages sont longs (entre 4 et 8 heures selon les cépages, et jusqu’à 12h pour les muscats). Les fermentations sont longues également, et le premier soutirage intervient juste avant la mise. Il est donc bien ici dans une optique d’intervention minimale, et plutôt dans l’accompagnement des jus lors de leur élevage.
Les rieslings sont élevés en cuves. Etienne souhaiterait trouver de la futaille de qualité correspondant à ses attentes pour faire des essais de vinifs sous bois, mais c’est encore délicat en Alsace. Les pinots gris sont par contre vinifiés sous bois dans des demi-muids de 600 litres âgés de 3 ans minimum afin de ne pas marquer outrageusement les vins.

Les vins

Vins de cépage et communaux

  • Pinot Noir Westhoffen 2018 nature: vinifié sans soufre. Le vin est issu d’un ensemble de différentes parcelles de marnes noires, de gypse et de Muschelkalk, ainsi que d’une petite enclave sur le Bruderbach. Elles ne sont pas forcément précoces, mais présentent par contre une bonne réserve hydrique permettant de bien tamponner les épisodes de chaleur et de sécheresse. La bouteille ouverte depuis presque 3 semaines ne présentait aucune trace de déviance, prouvant bien sa stabilité malgré son absence de sulfites. Un très joli vin gourmand, avec beaucoup de fruit et dote d’une belle profondeur.
  • Riesling Muschelkalk 2018: issu de calcaire des dolomites, très riche en magnésie. Nous avons là un vin au profil très salin, parfaitement accessible dans l’immédiat et vecteur de plaisir.
  • Pinot 2016: assemblage de pinot blanc, pinot gris et auxerrois élevé 1 an en demi-muids et un an en cuve (2017 est d’ailleurs toujours en cuve). Le nez est sur le fruit, gourmand et miellé, en légère surmaturité. Il y a un peu de de SR et le vin goûte sec-tendre. Un joli vin d’apéro qui devrait faire l’unanimité.

Vins de lieux dits et grands crus, parcellaires

  • Riesling bruderbach Clos des Frères 2017: issu d’un coteau gréseux exposé plein sud. le sol est faillé verticalement, à l’opposé des marnes, mais ne souffre pas de sécheresse car des remontées d’eau par capillarité circulent dans ces failles où s’insèrent les racines de la vigne. Le profil du vin est ici plus austère et minéral, présentant une belle pureté. Il est cependant encore sur la réserve et a besoin de temps pour s’exprimer pleinement.
  • Riesling Ostenberg 2018: issu d’un coteau là encore exposé plein sud mais constitué cette fois-ci de Muschelkalk. Le vin est plus large, mais avec une grosse colonne acide qui lui évite toute lourdeur. Il est moins austère que le précédent et sera accessible plus jeune, même si bien sûr le potentiel de vieillissement est bien là.
  • Riesling Suessenberg 2018: issu également d’un coteau plein sud, sur sol de pur calcaire à galets jaunes assez pauvre, dans le prolongement direct de l’Altenberg dont il partage l’exposition. Il donne là un vin très droit, cristallin, d’une grande pureté, du vrai jus de caillou très salin! Là encore les années de cave lui feront certainement le plus grand bien…
  • Riesling GC Altenberg de Bergbieten 2018: là encore exposé plein sud, sol de calcaire magnésien et de gypse. On a un vin très fin et élégant, vertical, mais également très long, l’influence du terroir classé en grand cru se fait sentir. Garde impérative pour qui veut profiter de la complexité et de la grande classe du terroir.
  • Pinot Gris GC Engelberg 2018: vin élevé en barriques. S’il est encore marqué par l’élevage, il offre déjà une grande persistance sur un profil bien sec. C’est classieux également, avec bien entendu plus de largeur et de richesse qu’un riesling, cépage oblige.
  • Pinot gris Bruderbach Le Menhir 2016: tire son nom du menhir planté à la convergence des lignes de failles de la parcelle. Issu du haut du coteau. Le vin offre une petite réduction bien agréable sur un profil tendu quoique large et assez aromatique. Profil dense. Des amers viennent allonger la finale. Profil sec là encore.  Il gagnera certainement à vieillir là encore
  • Pinot Gris Bruderbach Clos Marienberg 2015: issu de la partie centrale du Bruderbach qui botrytise plus facilement. Le Bruderbach est en effet un amphithéâtre exposé plein sud dont la partie centrale n’est pas ventilée identiquement au reste du coteau. Sols travaillés à 100%. Le vin a déjà commencé à évoluer et a digéré ses sucres. Il est très persistant et sera très certainement intéressant à suivre sur quelques années encore.
  • Gewurztraminer Cormier 2017: issu d’un terroir de marnes noires et de gypse exposé plein nord, qui vient tempérer le côté très aromatique du cépage. Les sols sont très pentus. C’est un vin doté d’un bel équilibre malgré ses SR présents. On ne tombe pas du tout dans le côté exubérant et racoleur du cépage.
  • Gewurztraminer Ostenberg 2016: coteau très pentu exposé plein sud sur Muschelkalk. Vin élevé en cuve. On a ici plus de minéralité, un vin au profil droit et élégant qui a là encore un bel avenir devant lui. A essayer pour les réfractaires au cépage!

Encore un très beau moment avec un vigneron calme et posé, qui sait où il va et comment y parvenir. S’il n’est pas particulièrement médiatique, il n’en propose pas moins une gamme très homogène et sans fausses notes de l’entrée de gamme aux grands crus, et il gagne clairement à être connu au vu de la très grande qualité du travail accompli. Merci à Etienne pour ce très bon moment en sa compagnie.

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