Le domaine Meyer-Fonné à Katzenthal

Le domaine Meyer Fonné, situé à Katzenthal, non loin de Colmar, est une maison familiale, dont l’histoire remonte à 1670. Autant dire qu’il est plutôt bien implanté dans le paysage viticole alsacien.
Si historiquement les vins étaient vendus en tonneaux comme le voulait la tradition viticole alsacienne, c’est le père de Félix Meyer, actuellement aux commandes du domaine avec son épouse, qui a commencé à mettre les vins en bouteilles dans les années 60. Félix a commencé à travailler au domaine en 1992 avec ses parents après avoir obtenu un BTS oeno-viti à Rouffach puis un autre diplôme d’élaboration et de commercialisation du vin à Mâcon et Paris. Avant de revenir au domaine familial, il a fait un passage dans l’Oregon puis en Australie au sein de la bien connue maison Henschke qui n’avait pas encore pris à l’époque la dimension industrielle qui est actuellement la sienne.

Parcellaire

Félix et son épouse exploitent désormais 18,5 ha de vignes sur 7 communes dont 90% de blanc et 10% de rouge (pinot noir). Ils ont notamment des parcelles sur 5 grands crus et 4 lieux-dits très qualitatifs. Comme c’est le cas pour beaucoup de domaines alsaciens, le parcellaire est très morcelé, même si au fil des échanges-regroupements avec d’autres vignerons, ils possèdent désormais 5 îlots de plus d’1 ha.
Hormis une parcelle située sous le château, l’ensemble du vignoble est mécanisable, ce qui simplifie grandement la tâche lorsqu’il s’agit de travailler une telle mosaïque de terroirs. Là où les pentes sont les plus importantes, le travail est fait à la chenillette (4 ha tout de même), et le reste au tracteur vigneron.

Les sols sont également très différents suivant les situations. On retrouve notamment, à grosses mailles:

  • 1/4 de colluvions (bas de coteaux)
  • 1/4 de granit
  • 1/4 de marnes
  • 1/4 de calcaire
  • 1 ha en plaine alluviale

Soit une représentation assez fidèle de l’ensemble des terroirs du vignoble alsacien. Il est par ailleurs à noter que certains terroirs de plaine étaient autrefois qualitatifs, contrairement à d’autres régions. Ils étaient utiles car précoces et amenaient aux assemblages du fruit, de la souplesse et de la maturité, qui pouvaient faire défaut à certains terroirs en coteaux. Cependant, le réchauffement climatique impacte fortement ces situations qui souffrent énormément de la chaleur et de la sécheresse en été depuis quelques années.

A titre d’exemple, le granit donne une personnalité florale, fine, aérienne et élégante au riesling, alors que le calcaire lui confère un caractère très marqué, très austère en jeunesse puis très minéral et salin à l’évolution. Les marnes gréseuses donnent quant à elles un aspect plus large, gras et puissant aux jus. Les expressions d’un même cépage varient donc grandement en fonction des sols où ils vivent, ce qui donne toute sa diversité et son intérêt au vignoble alsacien!

La gamme des pinots noirs s’articule depuis 2015 autour de 3 cuvées

  • Réserve: assemblage de plusieurs parcelles, 1/4 de granit, 1/4 de marnes et la moitié de calcaire, pour un total d’environ 1ha
  • Gallus (le premier Meyer connu): assemblage d’une parcelle marno-gréseuse près du Kaefferkopf et de parcelles calcaires sur Kintzheim
  • Altenburg depuis 2015: issu du coteau de Kintzheim, terroir marno calcaire du jurassique. Une seule parcelle de 25 ans d’âge moyen (23 ares), à laquelle s’ajoute une vieille vigne (50 ans) en location. Le domaine a planté récemment 70 ares de plus sur le même terroir, ce qui amènera la parcelle à 1 ha à terme

Félix nous a confié que la tendance en Alsace est à la production de cuvées de pinot noir ambitieuses, dans l’esprit de ce qui se fait en Bourgogne, sur de vrais terroirs à pinot, marno-calcaires donc. Ces parcelles deviennent très recherchées et difficiles à trouver. Les prix du foncier ont bien entendu tendance à s’envoler également.

Quant à elle, la gamme des Rieslings se décline ainsi

  • Réserve: assemblage de parcelles marno-gréseuses situées à Riquewihr pour moitié et de sols calcaires, granitiques et colluvionnaires pour le reste.
  • Katzenthal: assemblage de sols granitiques à 90%: vieilles vignes autour du GC Wineck-Schlossberg d’une part, et jeunes vignes du GC d’autre part (10-20 ans)
  • Wineck-Schlossberg GC: plusieurs parcelles aux sols et expositions très homagènes. L’essentiel provient du coteau très raide et solaire à l’entrée de katzenthal. C’est un sol de granit à 2 micas, dit de Türckheim. Les vignes ont été plantées il y a 20 ans pour les plus jeunes et en 1958 pour les plus anciennes.
  • Pfoeller: issu d’un terroir contigu au Sommerberg (granit), mais au sol différent: c’est du calcaire à coquillages (Muschelkalk), car une faille passe juste à cet endroit.
  • Kaefferkopf GC: issu de marnes gréseuses, un des GC les plus qualitatifs d’Alsace
  • Schoenenbourg GC: marnes vertes dites du Keuper

A noter également

  • le GC Sporen (Gewurztraminer): sol argilo-marneux produisant des vins d’évolution lente
  • le GC Furstentum (gewurztraminer): sol gréseux et marno-calcaire exposé plein sud
  • le Hintenburg de Katenthal (pinot gris): sol très pentu de granit à 2 micas, roche très désagrégée
  • le Dorfburg (gewurztraminer et pinot gris): sol marno-calcaire de type oolithique

Travail à la vigne

Les densités de plantation sont assez variables. Sur les vieilles vignes, on tourne autour de 6000-6300 pieds/ha. Dans les années 80, les plantations se faisaient plutôt autour de 5500 pieds et actuellement, Félix plante à nouveau autour de 6000 pieds. Les pinots sont quant à eux plantés à 7000 pieds. Enfin, sur les coteaux granitiques raides, on approche les 8000 pieds.

Le domaine travaille selon les préceptes de l’agriculture biologique sans certification depuis une dizaine d’années (la certif est en cours). Le travail des sols est très variable et les contraintes hydriques fortes, surtout sur ce climat de Colmar, très sec en général.

  • Sur les terroirs granitiques très exposés, Félix opère des labours complets (rang et inter-rang) au printemps puis fauche par la suite si besoin: sur granit, la repousse est très limitée en raison du stress hydrique.
  • Sur les bas de coteaux colluvionnaires, le travail est similaire, avec une repousse toutefois un peu plus importante à contrôler.
  • Les sols calcaires sont généralement enherbés un rang sur deux et travaillés sous le rang.
  • Les sols marneux, plus riches, sont quant à eux complètement enherbés et travaillés sous le rang afin de limiter a minima la concurrence.

Travail au chai

Au chai, le domaine opère deux mises par an: les réserve en mai et les crus/lieux-dits parcellaires en septembre. Les pressurages sont longs, de 4 à 12h suivant les cépages, et suivis d’un débourbage statique.

  • Pour les vins non aromatiques, les fermentations (en levures indigènes bien entendu) et les élevages se font d’une manière générale en foudres traditionnels.
  • Les vins aromatiques sont quant à eux élevés en cuves inox. Ici, il faut noter que les foudres également sont thermorégulés, de même bien sûr que les cuves. Ce n’est cependant utilisé que lorsqu’il fait très chaud, ou pour aider à finir certaines fermentations difficiles. Cela aide également à abaisser les températures de certains gewurztraminer quand ils chauffent trop.
  • Les pinots noirs réserve font quant à eux leurs malos et leurs élevages (11 mois) en fûts de 228 litres. Les macérations durent en principe 15 jours, avec des remontages au début puis des pigeages ensuite jusqu’à la fin. Il n’y a pas d’utilisation de bois neuf, les fûts sont âgés en moyenne d’un an, issus d’achats d’occasion chez Lamy notamment. Le dernier mois se fait en cuves inox avant légère filtration 2 microns et mise.
  • Les pinots noirs Gallus et Altenbourg sont élevés 15 mois en barriques et 2 mois en inox sans filtration, avec 15% de vendange entière. A noter que Félix est très circonspect sur l’usage des rafles: il ne garde que celles qui sont issues de terroirs à pinot et atteignent des maturités optimales.

Les vins

2017 est un millésime de petite récolte, marqué par le gel printanier (10% de perte) et la chaleur de l’été. Il y a peu de jus, mais les vins sont séveux, salins, puissants, avec de très belles acidités.

Pinot noir:

  • Réserve 2018: une très belle introduction aux pinots noirs du domaine, un vin plein de fruit, croquant, gourmand et très agréable en l’état.
  • Gallus 2017: plus de profondeur, avec une belle trame acide. Un vin encore jeune mais accessible pour les impatients, avec une bonne longueur.
  • Altenbourg 2017: un vin dense, profond, séveux, on passe un nouveau cap, et là c’est vraiment très très bon! Belle structure, acidité sous-jacente, tendu, droit, long, tanins bien présents mais soyeux, il a tout pour aller très loin.

Riesling:

  • Réserve 2017: un vin ouvert et déjà bien agréable, avec un petit côté terpénique caractéristique des sols marneux.
  • Katzenthal 2017: le profil change complètement: c’est droit, minéral, fin, traçant. c’est moins ouvert et gourmand, mais d’une grande pureté, très élégant. Élevé presque un an en foudres traditionnels sur lies fines.
  • Wineck-Schlossberg GC 2017: nez bien mûr et expressif, bouche délicate, florale, toute en élégance et raffinement. c’est très long et doté déjà d’une belle profondeur. A attendre impérativement…
  • Pfoeller 2017: le nez est encore assez mutique, le vin est très droit et minéral, tout en verticalité. l’acidité est importante, la fin de bouche donne une sensation de tannicité. Un riesling pour puristes et sans concessions qui a certainement un très bel avenir.
  • Kaefferkopf GC 2017: changement de style une nouvelle fois! Ici on a un jus large, puissant, solaire et très salin en finale. Sensation de gras et grande longueur. Là encore, à attendre impérativement.

Pinot gris Kaefferkopf GC 2017: c’est ici bien plus aromatique évidemment par le cépage, c’est large, sur la puissance et le gras, bien sec, mais on retrouve indubitablement l’effet terroir du Kaefferkopf, la filiation avec le riesling précédent est assez évidente.

Gewurtztraminer Sporen GC Vieilles Vignes 2015: nez exotique et exubérant signant le cépage, mais la finale s’équilibre bien sur l’iode avec un beau volume et un ressenti du sucre finalement assez modéré

Pinot gris Hintenburg de Katzenthal VT 2015: l’acidité tranchante contrebalance parfaitement le sucre et le gras du pinot gris, une belle gourmandise pour dans quelques années, mais déjà très plaisante à l’heure actuelle.

Pour terminer, je souhaite adresser un grand merci à Felix Meyer qui nous a reçus avec beaucoup de gentillesse et de disponibilité. Nous avons été obligés d’écourter la dégustation car un autre rendez-vous nous attendait, c’est pourquoi le focus a été mis sur les pinots noirs et les riesling. La qualité des vins est homogène dans son très haut niveau, et ce dès les cuvées réserve, qui permettront d’attendre tranquillement des grands crus à l’avenir resplendissant sur ce très beau millésime 2017. Félix est passionnant quand il parle de ses terroirs qu’il connaît sur le bout des doigts, et nous sommes déjà impatients d’y retourner pour prolonger ce beau moment de partage.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.